Construction : la paille et le bois, matériaux innovants

Par Auriane Poillet

publié le 29 févr. 2024

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Urbanisme

© Auriane Poillet

Ces tiges de céréales séchées ont de l’avenir car elles se révèlent plus solides et plus utiles qu’on ne l’imagine. Pour la première fois, la Ville de Grenoble utilise la paille, couplée à l’utilisation du bois local, sur l’un de ses chantiers : la rénovation du pôle enfance Les Trembles, place des Géants.

D'une surface de 2 850 m2, ce bâtiment dédié à l'enfance a été construit il y a environ cinquante ans, selon les techniques et les attendus de l'époque. Devenu trop vétuste, ce bâtiment se transforme complètement dans le cadre d'un chantier exemplaire en matière environnementale.

Une innovation observée

Tout l'enjeu réside maintenant dans l'adaptation de la construction aux nombreuses normes actuelles, tout en s'adaptant au changement climatique, de la conception à l'usage. Il y a quatre ans, lorsque la Ville décide d'utiliser la paille pour isoler un bâtiment public, l'idée est innovante, d'autant plus qu'il s'agit d'une opération de rénovation.

C'est pourquoi Fibois, association de promotion de la filière bois, a organisé une visite avec des professionnel-les et des étudiant-es, le 1er février dernier. «Il s'agit d'une rénovation lourde avec l'usage de la paille, ce qui en soi est particulier, et en plus sur un secteur contraint», raconte Guénaëlle Scolan, directrice de Fibois.

Ville de Grenoble

Des matériaux locaux

Concrètement, la structure en béton est conservée. Les murs en béton ponctuels sont isolés avec des matériaux biosourcés, alliant fibres de chanvre, lin et coton. Les ossatures des autres façades sont réalisées en bois, issu des massifs de Belledonne et de Chartreuse et scié par la scierie locale Sillat, basée à Domène. Les caissons qui constituent les façades accueilleront des vitres thermiques ou de l'isolation en paille préalablement récoltée dans la région par l'entreprise iséroise JCL Agri. Cet isolant naturel sera ensuite recouvert de plaques de ciment.

«Créer du confort thermique est fondamental. En hiver, donner chaud à moindre coût et à moindre consommation. L'été, qui est devenu un gros sujet, avoir un bâtiment agréable avec de la fraîcheur et sans dépense énergétique», indique Enri Chabal, architecte en charge du projet. «La paille est un excellent matériau pour créer une enveloppe passive.»

En effet, son déphasage thermique est important. Cela signifie que la paille absorbe la chaleur la journée et la libère la nuit, lorsque le bâtiment est vide. C'est à ce moment-là que les pièces sont ventilées pour rafraîchir les espaces. L'air intérieur sera d'ailleurs renouvelé en journée pour évacuer les polluants à l'aide d'une centrale de traitement d'air. Le recours aux matériaux biosourcés permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Économies d'énergie attendues : 45%.

Un toit végétalisé

Les charpentes, initialement métalliques, ont été reprises, construites en bois et isolées en paille. Les pentes du toit en dents de scie (ou sheds) ont été inversées pour se tourner vers le nord plutôt qu'au sud, de manière à éviter la surchauffe estivale et profiter d'un meilleur éclairage, en favorisant la lumière naturelle à l'intérieur du bâtiment. À noter que le toit sera entièrement végétalisé, offrant une fraîcheur dont profiteront aussi les immeubles alentour.