Téléphérique Grenoble-Bastille : une cote d’amour qui ne cesse de grimper

Par Anna Figari

publié le 1 mars 2024

Article

Patrimoine et Histoire

© Régie du Téléphérique de Grenoble-Bastille

En 90 ans, cette petite folie suspendue au-dessus des quais de l’Isère s’est érigée en décor de carte postale et en madeleine grenobloise : rejoindre la Bastille en bulles ou redescendre avec n’a jamais été aussi délicieux, comme le prouve sa fréquentation en hausse ! Mais que sait-on, au juste, de cet équipement suspendu entre ciel et terre ?

Une chose est sûre : grimper à pied à la Bastille fait un bien fou. Mais le téléphérique restera toujours le téléphérique. Il suffit d'un-e ami-e ou d'un-e cousin-e de passage pour embarquer, d'un ciel azur ou argenté pour le photographier, d'un moment nostalgique pour s'accouder sur le rebord de la passerelle Saint-Laurent et se souvenir qu'un jour, l'une de ses bulles nous avait soulevé-es.

Dans nos yeux de gosse, l'Isère qui serpentait en contrebas ressemblait à l'océan, les montagnes alentour paraissaient subitement alignées à notre hauteur, même la tour Perret semblait toute petite, comme les trois Tours ou l'église Saint-Louis !

Image d'Épinal ? Pas uniquement. Suspendu entre ciel et terre, le téléphérique fait, depuis quatre-vingt-dix-ans, partie du paysage grenoblois qui se l'est approprié, et pas seulement pour le supplément d'âme qu'il insuffle sur les cartes postales et le symbole qu'il est devenu.

Ancré dans les habitudes ? Mille fois oui, au vu de sa fréquentation qui n'a jamais été aussi élevée avec 375 000 utilisateurs et utilisatrices en 2023, parmi lesquels (qui l'eut cru ?) 60% sont, durant l'année (hors période estivale), des Grenoblois-es et voisin-es des communes de l'Isère – les touristes provenant des régions alentour et de l'étranger constituant les 40% restants.

Le saviez-vous ?

  • Le poids d'une bulle vide : 400 kg !
  • La longueur du câble tracteur reliant les gares haute et basse : 700 mètres
  • Son dénivelé : 266 mètres
  • Sa vitesse : entre 0,5 et 6 mètres par seconde
  • Son accessibilité : la 5e cabine est configurée pour les poussettes et les personnes à mobilité réduite
  • Son exploitation «raisonnée» se traduit par des efforts constants en termes d'économies d'énergie. Pas d'animations supplémentaires les jours de pointe, moins d'ouvertures exceptionnelles pour les groupes.
  • Son ennemi juré : le vent !
  • Le nombre de personnes «transportées» depuis sa création : 24 millions
  • La Régie du Téléphérique emploie 19 personnes

Panorama

Sa cote d'amour ne cesse de grimper «avec 20 000 voyageurs supplémentaires chaque année depuis l'après-Covid», observe Patricia Gallois, qui dirige la Régie du Téléphérique depuis 2019. Est-ce notre besoin de reconsidérer les espaces de proximité comme des sources de bienêtre ? La confiance en un équipement qui verra d'ailleurs cette année ses câbles d'acier magnétographiés, autrement dit, passés au scanner ?

Alain Fischer

Les installations (Acrobastille, Centre d'Art Bastille, Musée des Troupes de Montagne, restaurants...) et les animations proposées sur le site sommital ? Ou est ce, tout simplement, une petite madeleine grenobloise ? À croire que le Téléphérique de la Bastille coche toutes les cases. 300 voyageurs et voyageuses détiennent même une carte d'abonnement !

Mais le connaît-on vraiment ? Que sait-on de son histoire et de son développement ? Se souvient-on qu'il fut, en 1934, le troisième téléphérique au monde, après celui de Rio de Janeiro (1912) et de Cape Town (1929) ? Ou de son premier «voyage» le 29 septembre 1934, qui confirmera très vite le double objectif fixé par ses instigateurs, Paul Mistral et Léon Martin, alors maires de Grenoble, et Paul Michoud, vice-président du syndicat d'initiative de l'Isère : «Profiter d'une promenade après le travail et d'un panorama incomparable et permettre à la capitale des Alpes françaises d'avoir un attrait touristique supplémentaire.»

Tout en rondeurs

©Régie du Téléphérique de Grenoble-Bastille
Au fil du temps et de ses câbles s'étirant sur 700 mètres de la gare basse à la gare haute de la Bastille, l'objet (bien) identifié a évolué. Ainsi les cabines d'origine en bois assemblé, de forme dodécagonale, furent remplacées, en 1951, par les rectangulaires arborant, en jaune et rouge, les couleurs de Grenoble – avant de s'arrondir définitivement ! C'est à l'ingénieur grenoblois Denis Creissels et aux entreprises iséroises Pomagalski et Sigma que l'on doit les fameuses «bulles», tout en rondeurs, plexiglas et aluminium.

Apparues en 1976, elles n'ont plus changé depuis ! Une idée tout aussi lumineuse («la sphère permet de mieux profiter du panorama et diminue la prise au vent», rappelle Patricia Gallois) que leur nom, soufflé par son concepteur Denis Creissels. Pour lui, leur forme évoquait «des bulles d'air ou de champagne». Il avait même imaginé qu'elles puissent tourner sur elles-mêmes !

Outre son design qui se modernise, c'est aussi la capacité, la rapidité et la performance qui montent de plusieurs crans. En 90 ans, le téléphérique est passé de deux cabines roulant en va-et-vient (30 personnes debout au total) à deux fois cinq habitacles, permettant d'embarquer toutes les 6 à 10 minutes grâce à son système rotatif pulsé, 60 personnes assises.

Affichant au compteur 4 000 heures par an, le téléphérique ne chôme pas. Ni la Régie du Téléphérique, qui assure autant d'heures en maintenance. «Rien n'est sous-traité», précise sa directrice, en rappelant que l'équipement est soumis à la même réglementation que celle des remontées mécaniques.

Pour cette date anniversaire, pas de ruban ni de cyclistes suspendus (comme pour le Tour de France 2020), mais des projets à foison tout au long de l'année :
des expos avec maquette et cabine factice, un projet de livre rassemblant 90 anecdotes rédigées par les Grenoblois et les Grenobloises, et des animations pétillantes, à l'image des bulles...

Cinq dates clés

  • 1934 : mise en service du Téléphérique Grenoble-Bastille, équipé de cabines dodécagonales en bois et d'un cabinier ! Construction des deux gares par l'architecte français Jean Benoît.
  • 1951 : les cabines deviennent métalliques, rectangulaires et se parent de jaune et rouge.
  • 1959 : 25e anniversaire et réaménagement de la gare inférieure avec salle d'attente.
  • 1976 : les «bulles» remplacent les cabines, une nouvelle gare basse voit le jour signée des architectes grenoblois Félix-Faure, Macary, Page.
  • 2024 : le 90e anniversaire du Téléphérique coïncide avec l'une des plus grosses années de maintenance appelée «la grosse visite», qui a lieu tous les 20 ans : elle intègre entre autres le remplacement du contrepoids de 116 kg situé en gare supérieure.

Infos pratiques

Tous les jours de mai à octobre, fermé le lundi des autres mois et tout janvier. Première montée : 9 h 15 ou 11 h. Dernière descente : 18 h 30 ou minuit. Animations 2024 et tarifs sur le site internet de la Régie du téléphérique.

c'est où ?